Immense vivier de biodiversité, nos forêts sont un trésor national, mais aussi un potentiel pilier d'une transition écologique capable de redynamiser nos territoires et une réserve oubliée d'activités et d'emplois verts.

En France métropolitaine, la surface forestière (qui ne correspond « qu'à » 67,8% des forêts de France, la plus vaste et la plus riche d'entre elles se trouvant en Guyane) représente 31% du territoire national et constitue le quatrième massif forestier de l'UE, le troisième si l'on inclut l'Outre-Mer. Plus de 10% des forêts d'Europe sont situées en France.

La surface forestière couvre aujourd'hui 16,9 millions d'hectares, contre 14,1 millions en 1985, et autour de 9 millions dans la première moitié du XIXe siècle. Les progrès liés à l'économie capitaliste en matière d'agriculture et d'aménagement du territoire, et des politiques de reforestation volontaristes (l'exemple le plus emblématique étant la création de la forêt artificielle des Landes sous Napoléon III), ont permis de reverdir notre pays, dont la surface forestière progresse de 90 000 hectares (+0,7%) par an depuis 30 ans.

Mais le potentiel de nos forêts en termes d'emplois souvent qualifiés, d'activités et de production « made in France » est à la fois sous-estimé et sous-exploité. Les métiers liés à la forêt (sylviculture, filière bois...) ne représentent que 440 000 emplois (50 000 emplois perdus en 10 ans), contre 1,5 million en Allemagne, dont la surface forestière (11 millions d'hectares) est 50% plus réduite que la nôtre !

Alors que la forêt française pourrait constituer un maillon essentiel d'un redressement productif écologique, conciliant croissance et meilleure protection de l'environnement, elle est victime d'une mauvaise insertion dans la mondialisation, ou en tout cas d'une insertion perdante pour l'économie française et pour l'environnement. Malgré nos atouts humains et notre énorme surface forestière, la filière bois française est... en déficit commercial. Celui-ci s'est encore creusé en 2018, à plus de 6,8 milliards d'euros. Alors que nous pourrions produire pratiquement tous nos meubles en France et en exporter beaucoup plus, nous coupons par exemple dans nos forêts du chêne que nous exportons à 150 euros le m3 brut, pour le réimporter scié ou transformé en meuble à l'étranger pour 800, 1 500 ou 3 000 euros le m3. Quel gâchis ! Un désastre pour nos territoires, quand l'on sait que notre pays a perdu plus de 1 000 scieries en 10 ans.

Malgré ces mauvaises performances économiques, nos forêts sont parfois victimes de logiques productivistes court-termistes. Ainsi, de nombreuses forêts artificielles dédiées à l'industrie du bois sont soumises à une culture intensive, qui épuise les sols et réduit l'utilité de ces espaces boisés, même anthropisés, dans le stockage des gaz à effet de serre, l'épuration de l'eau, la production de biomasse ou la reconstitution de la biodiversité.

Mais nos forêts attendent de jouer un rôle majeur dans la redynamisation de nos territoires par la croissance verte et la transition écologique. Du logement à la production d'énergies renouvelables (notamment par la valorisation des déchets) pour le chauffage, la production d'électricité ou les mobilités, du mobilier aux objets du quotidien, les filières bois peuvent énormément contribuer à la relocalisation ou à la création d'activités créatrices d'emplois. De la sylviculture à l'entretien de nos forêts publiques ou privées, les gisements d'emploi sont immenses.

A l'instar de notre potentiel maritime trop souvent négligé, nous passons à côté du potentiel que représentent nos forêts. Saisissons enfin cette chance !