Fermeture de Fessenheim, abandon de la ligne de fret Perpignan-Rungis, recul sur la fiscalité carbone, discours creux prononcé à la Mer de Glace du Mont-Blanc... Alors que la France connaît son « jour du dépassement », retour sur le pseudo « virage vert » du quinquennat Macron.

Ce jeudi 5 mars correspond pour notre pays au « jour du dérèglement » : la France a émis autant de gaz à effet de serre qu'elle ne devrait en émettre sur une année pour respecter la neutralité carbone. Plus précisément, nous avons émis autant de gaz à effet de serre (79 mégatonnes de carbone) que la biosphère du territoire français (forêts, prairies, océans...) n'est capable d'en stocker. A partir du moment où nous excédons cette capacité de stockage des gaz à effet de serre, nous contribuons donc mécaniquement au dérèglement du climat, d'où le nom de « jour du dérèglement ».

Comme le fameux « jour du dépassement », il s'agit d'une date symbolique (d'ailleurs parfaitement critiquable), mais ce symbole est fort : il montre l'ampleur du chemin qu'il reste à accomplir pour répondre à l'urgence climatique, alors même que notre pays est l'un des plus vertueux du monde développé en termes d'émissions de gaz à effet de serre.

Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité affirment vouloir accélérer les efforts de la France pour faire face à ce défi. Pourtant, les décisions déjà prises ou programmées par l'exécutif risquent d'empirer la situation, car elles sont souvent davantage guidées par l'intérêt électoral que par celui des futures générations, l'action de court terme plutôt que l'action à long terme.

L'exécutif a déclenché en février la fermeture de la centrale de Fessenheim, qui vise à flatter l'électorat des Verts et les lobbies écologistes en vue de l'élection présidentielle de 2022. Il s'agit d'une faute économique, comme vient de le montrer la Cour des Comptes, mais aussi écologique. En effet, pour compenser la fermeture de Fessenheim (qui produisait 90% de l'électricité consommée en Alsace), il faudra recourir à la production de centrales à gaz et charbon. Selon la Revue du nucléaire, « le surcroît d’émission de gaz à effet de serre lié à la fermeture des réacteurs de Fessenheim sera donc compris entre 6 et 10 millions de tonnes équivalent CO2 par an ».

Alors que ce « jour du dérèglement » montre que nous sommes loin, très loin d'atteindre l'objectif de neutralité carbone en 2050, les choix du gouvernement d'Emmanuel Macron vont nous faire régresser !

La fermeture de Fessenheim s'inscrit dans une politique plus large : le gouvernement entend réduire arbitrairement la part du nucléaire dans le mix énergétique français pour tenter de s'attirer les voix des Verts. Or, grâce au nucléaire, la France est aujourd'hui l’un des pays du monde qui émet le moins de GES dans sa production d’énergie.

S’il faudra sortir de notre dépendance à l’atome dans les prochaines décennies, ou concrétiser de nouvelles technologies comme la fusion nucléaire, nous ne devons surtout pas chercher à sortir du nucléaire en urgence, car la situation technologique actuelle des énergies renouvelables nous obligerait à émettre beaucoup plus de CO2 dans notre production d’énergie qu’avec le parc nucléaire actuel. La politique suivie par l'exécutif est donc le contraire de ce qu'il nous faut faire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre !

Depuis des mois, le gouvernement et la majorité multiplient les décisions qui contribueront à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre. L'absence de projet pour sauver la ligne de fret Perpignan-Rungis (ce qui va contribuer à rajouter des dizaines de milliers de camions sur les routes). Le recul sur la rénovation thermique des bâtiments. Ou encore le recul définitif sur la fiscalité carbone, alors qu'il aurait été possible de renforcer celle-ci sans réduire le pouvoir d'achat de millions de Français, avec des mesures parallèles.

Plus grave encore, Emmanuel Macron a confirmé, par ses annonces suite à sa visite à la Mer de Glace du Mont-Blanc, le 13 février, ou par la manière dont il a accueilli les premières remontées de la Convention Citoyenne pour le Climat, qu'il ne prendrait aucune mesure à la hauteur d'ici la fin de son quinquennat.

Alors que le symbole du « jour du dérèglement » nous montre l'urgence d'agir, l'exécutif enchaîne les décisions ou non-décisions climaticides, et montre qu'il n'entend pas rectifier le tir d'ici 2022.