La baisse des naissances se poursuit pour la sixième année de suite. Ce ralentissement démographique, qui pourrait fragiliser notre modèle social, est lié au rabotage des politiques familiales. Il est cependant possible d'inverser rapidement la tendance. J'ai publié à ce sujet une tribune dans le journal Les Echos du 21/01.

Lien vers le site des Echos* : https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-relancer-la-natalite-en-france-1283060

La France bénéficie d'une des démographies les plus dynamiques d'Europe. Mais cette exception française pourrait bien toucher à sa fin. Avec 740 000 naissances en 2020 selon les dernières statistiques de l'INSEE, la natalité française a atteint un plus bas depuis 1945. Une conséquence de la pandémie ? En réalité, notre croissance démographique ralentit continuellement depuis plusieurs années.

Nous étions ainsi passés de 818 000 naissances en 2014 à 753 000 en 2019, en baisse constante. Sur la même période, notre taux de fécondité s'est réduit de 2,00 à 1,87 (1,84 en 2020). Or, le seuil de remplacement des générations est d'environ 2,1 enfants par femme. L'excédent naturel est au plus bas depuis l'après-guerre. L'augmentation du solde migratoire (la hausse du nombre d'immigrés ayant compensé celle du nombre d'expatriés) n'a pas empêché le taux de croissance de la population française de fondre en cinq ans de 0,43% à 0,28%. Il manquerait 40 000 à 50 000 enfants par an depuis 2013 pour assurer le renouveau de la population, situation qui devrait mécaniquement se dégrader.

Le ralentissement démographique pourrait fragiliser notre modèle social

En accélérant le vieillissement de notre société, ce phénomène pourrait fragiliser la soutenabilité de notre système social. A titre d'exemple, les scénarios du Conseil d'orientation des retraites envisageant l'équilibre financier de notre système de retraites se basaient en 2019 sur l'hypothèse d'une fécondité de 1,95 enfant par femme... qui paraît de plus en plus inatteignable. Plus largement, un ralentissement de la croissance démographique sera nocif pour notre économie dans sa structure actuelle. Ainsi, la faible croissance économique du Japon et surtout de l'Italie s'explique partiellement par leur déclin démographique. Alfred Sauvy disait que « quand on oublie la démographie, on découvre les problèmes avec vingt-cinq ans de retard » : la France risque de le constater à ses dépens.

Sur le temps long, la diminution de notre natalité procède de changements anthropologiques bien connus (mariages moins nombreux et plus tardifs, reconfiguration des cadres familiaux...), et de facteurs allant du coût du logement aux mobilités contraintes, en passant par le manque de perspectives. Mais la baisse accélérée de ces dernières années est probablement la conséquence de rabotages sur la politique familiale, qui se sont ajoutés à un désinvestissement dans les services et infrastructures liés à la petite enfance.

Une dénatalité liée au rabotage des politiques familiales

Le plafond du quotient familial a été réduit de 2 336 euros en 2012 à 1 500 euros en 2014 : si une telle mesure a concerné essentiellement des foyers aisés, son impact a contribué à la baisse de la natalité. De même, la modulation des allocations familiales en fonction des revenus votée en 2015, divisant par deux ou quatre les prestations au-delà d'un certain plafond, n'a concerné que 10% des allocataires. Mais a elle a montré que la politique familiale n'était plus sanctuarisée, augurant d'une possible restriction généralisée. Un sondage de l'IFOP indiquait en 2016 que 44% des foyers français se disaient concernés par ces mesures ; selon la même étude, 51% des Français estimaient qu'elles conduiraient de futurs parents à reporter une naissance, une proportion montant à 62% parmi les foyers ayant déjà deux enfants. Enfin, la prestation d'accueil du jeune enfant a vu le montant de son allocation de base divisé par deux (de 184 à 92 euros) ces dernières années, contribuant également à la baisse des naissances.

La politique familiale française a longtemps soutenu notre vitalité démographique, son détricotage nous tire vers le bas. A l'inverse, certains de nos voisins parviennent à redresser une natalité en berne. L'Allemagne a longtemps été un « modèle » de dénatalité : grâce au renforcement des politiques familiales depuis les années 2000, son taux de fécondité s'est redressé pour revenir dans la moyenne européenne dès 2016, et continue toujours d'augmenter. En Pologne et en Hongrie, les mesures natalistes mises mises en par des gouvernements aux orientations politiques certes contestables sont parvenues à relancer une fécondité extrêmement basse.

Trois propositions pour relancer notre natalité

Avec une volonté et des moyens à la hauteur, la France peut rapidement inverser la tendance, renouer avec une natalité dynamique et limiter l'impact du vieillissement. Voici trois solutions qui pourraient être mises en œuvre :

  • Annuler la dégressivité selon le revenu des allocations familiales et les indexer sur l'inflation. Ceci coûterait 0,8 Md€ aux finances publiques. En contrepartie, les allocations pourraient être plafonnées à cinq enfants.
  • Doubler le plafond du quotient familial à 3 000 € par demi-part, pour un coût de 2,9 Md€.
  • Construire 250 000 places d'accueil à horaire adapté pour la petite enfance pour combler notre manque. L'investissement nécessaire serait de 8 Md€, et les frais de fonctionnement de 2,6Md€ par la suite.

Ces mesures isolées ne suffiront probablement pas à ramener le taux de fécondité au-dessus du seuil de renouvellement des générations : seul un redémarrage économique durable, assorti de meilleures perspectives d'avenir, y parviendra. Elles constitueraient cependant une première étape essentielle pour éviter un hiver démographique et retrouver une natalité dynamique.

Aurélien Duchêne

*Pour des raisons de droit d'auteur, le texte sur ce site a reçu quelques modifications par rapport à celui des Echos.